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L’accueil solidaire des migrants

Deux centres d’accueil et d’orientation se sont implantés en 2016 à Saint-Herblain, pour moins d’une centaine de personnes au total.

17h. Les senteurs douces des épices ont envahi la cuisine. Les conversations s’enchaînent au-dessus du plan de travail, ponctuées par les crachotements de vapeur de la bouilloire jaune. Plus loin, dans un bureau vitré, Fodol est penché sur son dossier, stylo en main. D’autres hommes discutent par petits groupes, regardent la TV ou l’écran de leur portable, qui les relie à l’autre bout du monde.

Nous voici dans l’ancien domicile collectif du Bourg, devenu en mars dernier un centre d’accueil et d’orientation (CAO) à destination des personnes migrantes. "Ils sont 20 ici, qui effectuent un passage de quelques mois. 15 autres logent dans des appartements disséminés à Bellevue", explique Yohann Gouban, de Trajet. Cette association rezéenne accompagne à Saint-Herblain les migrants pendant cette période transitoire "de trois ou quatre mois", avant qu’ils n’intègrent d’autres dispositifs comme les centres de demandeurs d’asile (CADA). Le montage des dossiers administratifs, le soutien sanitaire et social, l’attente, aussi, rythment le quotidien.

L'association Trajet accompagne les migrants au CAO du Bourg.

Qui sont ces migrants ? De jeunes hommes, âgés de 25 à 35 ans, venus d’Afghanistan ou d’Irak, d’Erythrée ou du Soudan. Tous ont transité par Calais et sa jungle désormais démantelée. A l’image d’Ahmad Mirwais et Farid Summir, deux jeunes Afghans qui ont "fui la guerre, les dangers, traversé 15 pays" et dont les grands sourires masquent les épreuves qu’ils ont endurées. Dans l’agglomération nantaise, ils semblent avoir trouvé sinon les conditions d’un nouveau départ, du moins de quoi souffler un peu dans un parcours chaotique.

Des contacts ont été liés avec l’environnement immédiat. Au centre socioculturel du Bourg, on s’efforce depuis le printemps "de répondre à la demande essentielle : l’apprentissage du français", explique Loïc Huguen, qui préside l’association socio-éducative et culturelle du Bourg. Des cours sur table alternent avec des sorties, des activités en extérieur : "Un apprentissage orienté vers le pratique. Une quinzaine de bénévoles sont mobilisés".

"C’est de la solidarité du quotidien, de proximité : les gens font, sans le claironner sur les toits", se félicite le maire Bertrand Affilé qui n’a "pas constaté de rejet" : "Tout le monde à Saint-Herblain connaît quelqu’un qui vient d’ailleurs ! C’est une ville d’accueil, par essence et tradition". En octobre 2015, au début de la crise des réfugiés, le conseil municipal avait voté un vœu à l’unanimité pour l’accueil de migrants dans la commune.

35 places au Bourg et Bellevue, 60 à l’AFPA

C’est après le démantèlement de la jungle de Calais qu’un 2e CAO s’est ouvert à Saint-Herblain, après celui du Bourg. 60 places ont été aménagées dans les locaux mis à disposition par l’AFPA. L’accompagnement social et global des personnes est assuré par France Horizon. "Ce sont tous des hommes, âgés de 35 ans en moyenne et qui viennent d’Erythrée, du Soudan, de Somalie et d’Afghanistan. L’entente est plutôt bonne entre eux, explique Conception Mousseau-Fernandez, directrice régionale. Tout s’est fait en très bonne intelligence avec la Ville et avec nos partenaires : le CHU, la Banque alimentaire… Des formateurs de l’AFPA ont aussi proposé de leur temps pour aider les migrants".

Bertrand Affilé : "Tendre la main à ceux qui en ont besoin"

En octobre 2015, le conseil municipal votait à l’unanimité un vœu pour l’accueil de migrants à Saint-Herblain. Quelles étaient alors les motivations des élus ?
Des principes de solidarité, d’humanité, d’accueil. Il est assez logique pour nous de tendre la main à ceux qui en ont besoin. C’est une ville d’accueil, par essence et tradition, où l’on compte une quarantaine de nationalités. Autrefois, les gens venaient de Bretagne, de Vendée, puis ils sont venus de beaucoup plus loin : d’Afrique, d’Iran, de Tchétchénie, pour des raisons politiques ou chassés par la misère…

Quel regard portez-vous sur les villes où les migrants n’ont pas été bien reçus ?
Je crois que c’est un drame de l’ignorance, de la peur. Des représentations où les migrants seraient des hordes sauvages qui viendraient ravager le village. C’est ne pas comprendre les raisons pour lesquelles ces personnes ont fait des milliers de kilomètres hors de chez elles, ont abandonné leurs proches et leurs biens pour un avenir meilleur. Je ne fais pas d’amalgame, il y a partout des gens qui sont pour l’accueil. A Saint-Herblain, tout s’est bien passé et depuis que les migrants sont là. Ce sont des gens très discrets, qui s’entraident, partagent leurs maigres ressources… Il n’y a pas eu de vague de délinquance !

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